jeudi 15 décembre 2011

Laissés à sécher

Trop souvent
Encre laissée à sécher
Comme étoile carbonisée
Mots laissés à sécher
Inhumés dans la terre
Empoussiérés dans l’urne du silence
Sur une froide cheminée
Où plus aucun feu ne brûle
Encre laissée à sécher
Comme un oiseau englué pétrole
Sur un sable sali
Et qui attend, l’oiseau,
De comprendre ce qui le retient là
Ce qui le fait terre
Cris cloués de boue
Mots laissés à sécher
L’oiseau sage
N’osera pas pleurer
Sur son sort de pierre
Déjà intégré au temps qui passe
Et laissé à sécher.

samedi 26 novembre 2011

Propagande

Elle s’est connue un matin de Novembre où elle avait les cheveux lâchés, ce qui n’arrivait jamais, d’habitude.

Elle s’est regardée dans un miroir brisé, qui ressemblait à un mur où son visage serait devenu une affiche de propagande.
Propagande d’un vide fissuré.

Les étoiles dans ses yeux ne suffisaient pas pour éclairer le mur-miroir et ses brisures.
Les étoiles dans ses yeux pétillaient de larmes.
C’était une histoire triste, plongée dans le silence.

Elle s’est alors mise à peindre le miroir et ses yeux sont devenus rouge sang.
Il fallait tout réécrire.
Et ses yeux ont disparu. Et ses lèvres et ses cheveux et les larmes, étoiles et pétillances.

Il fallait recommencer.
Trouver un autre miroir.

Elle a peigné ses cheveux. Qu’elle ne voyait plus.

Elle a fait un nœud au sommet de sa tête avec toutes ses boucles. Ses cheveux comme des lianes et ses pensées au bout.

Elle a fermé lentement ces yeux, ses yeux qui ne servaient plus à rien, tout à coup.

Elle a pris un couteau et a coupé le nœud, les cheveux lianes et les pensées au bout.

Elle était nue.

La joie pouvait revenir.

Elle a peint son corps en bleu. Elle ressemblait au monde.

dimanche 6 novembre 2011

Les yeux au café de l'hôtel Métropole

Observer toutes ces bouches lentes
Ces gestes périmés
Cet univers épaissi par le temps qui s'est mis à passer
Tout
Tout est
Ralenti
Les mâchoires et
peut-être
les étreintes
les regards
A cause du temps qui s'est mis à passer.

C'est pour ça que, chaque jour,
je mesure ce temps
exact
qu'il me faut pour tendre le bras.

samedi 29 octobre 2011

Calquée sur la lune

Longtemps calquée sur la lune,
A regarder de loin.
Depuis les mers et les pierres.
Il y avait des vagues et des silences depuis lesquels je pensais que je ne verrais rien.
Depuis la lune.
Mais en plissant un peu les paupières, c’était pas difficile de regarder.
Un peu.
Le monde.
La terre semblait tourner plus vite qu’elle ne tournait hier.
Et tout le monde chancelait.
Et tout le monde tombait sans même s’en rendre compte.
Et je voyais les cœurs accélérer encore et encore.
Et les yeux se fermer.
Et les mots se taire.
Et les portes des entrailles rouiller.
Plus aucune émotion saine ne pouvait rentrer dedans.
Plus rien.
Je n’avais plus rien à dire.
Et depuis la lune, les sons ne partent pas, alors quelle importance.
La lune, elle regarde.
Elle entend.
Mais elle ne dit rien.
Je m’y suis fait un nid.
Histoire de comprendre quelque chose.
A tout ce tournis.
Et puis j’ai vu
Que j’étais assise par terre.

Réveiller les mondes endormis

Je me souviens des "Mondes engloutis", ce dessin animé de mon enfance où les habitants d'une île absorbée dans les profondeurs de la Terre voyaient leur soleil artificiel dépérir. Les archives secrètes de leur monde leur apprenant l'existence d'une vie à la surface, ils partaient en quête d'une aide pour sauver leur Shagma.

Entre profondeur et surface, entre réel et virtuel, entre ombre et lumière, les liens s'oublient parfois... J'ai laissé ici mes "Mondes endormis" et je repars, peut-être, à la surface, histoire de les réveiller.

En acceptant, évidemment, les siestes !

mercredi 19 janvier 2011

Pieds dans la pierre

Trop de temps et, depuis, la cloche a sonné.
On se croit immobiles
On se croit éparpillés
Mais même les rêves papiers jamais ne se chiffonnent
Pieds dans la pierre
Pieds dans la pierre
Pieds dans la pierre
Trop de temps
On attend que la cloche ait sonné.
Pieds dans la pierre
Pieds dans la pierre
Pieds dans la pierre
Et vient le moment
Du grand tremblement
Celui qui fissure
Celui qui libère
Celui qui fait naître
Les choix mangés par la glace
Pieds dans la pierre
Pieds dans la pierre
Pieds dans cette pierre
Qui n'est plus que gravier.

lundi 13 décembre 2010

La lumière des plantes

Il y a des jours où on voudrait
Déplacer les murs et casser les meubles.
Se percher tout en haut, là, tout en haut.
Comme un oiseau.
Dans le vent frais.
Là où la vue est meilleure.
Ne pas laisser s’éteindre la lumière des plantes.
Les arroser beaucoup.
Longue et lente est la valse des plantes.
Des feuilles attendries par le poids de l’eau.
Longue et lente, longue et lente.
Toujours les feuilles par la fenêtre regardent.
Longues et lentes.
Toutes qu’elles sont.
On n’attend pas vraiment d’apprendre
Pour apprendre à attendre.
Moi je regarde
Sans cesse par la fenêtre
Un peu comme les plantes
Mais pas tout à fait
Pas la même fenêtre
Pas la même valse
On est tous
Derrière une vitre invisible
Celle qui nous sépare
De ce qu’on apprend à attendre.

samedi 20 novembre 2010

Si on a des choses à dire

Si on a des choses à dire, il faut savoir les dire.
Ecrire, lire, dire.
Les mots, lâchés depuis ma bouche, vaudraient-ils plus que dans l’intimité avec mon mouchoir de poche ?
Ou nichés dans le creux du quatrième compartiment bordélique de mon sac ?
On dirait parfois qu’il faut plus que le silence de nos crayons.

mardi 16 novembre 2010

Le Mic #62... mais où avais-je donc la tête?

Oui, le Microbe, 62ème épisode, est paru. Même qu'il a déjà pointé son nez dans les boîtes aux lettres des chanceux abonnés depuis un moment.
Et moi qui ne disais rien !!!

Au sommaire :  

Illustrations de Serge Poliart

Textes de : Andréa Bely, Michel Bourçon, Alain Crozier, Éric Dejaeger, Olivier Dulieu, Georges Elliautou, Cathy Garcia, Catfish McDaris, Carmelo Marchetta, Jany Pineau, Basile Rouchin, Éric Savina, André Stas, Marlène Tissot.
  

 

Les abonnés « + » reçoivent également Avant de mourir, mi(ni)crobe signé Marc Bonetto. Les autres ne recevront rien. Pour tous renseignements, contactez Eric Dejaeger quelque part par là.

samedi 13 novembre 2010

Le caillou de Brazzaville

Je sais qu’il sera tué par le mot. On est souvent tué par le mot. Sans s’en rendre compte. Le mot l’a assimilé, il a assimilé le mot. Comme un baume amer, comme une idée effervescente et lui dissout dedans. Je l’ai quitté à cause d’un caillou. Je n’aurais jamais cru. Quitter quelqu’un à cause d’un caillou. Lui m’a quittée pour le caillou. Comme une pierre dans nos reins. Fragiles.

Trop de lumières dans ma tête, sur ma tête. La salive coule. Mon cerveau avec. Bientôt, il ne me restera rien.

Les chaleurs froides quand j’y pense. Ne me laissez plus y penser. Il est tombé sur un caillou, tombé de son vélo. La tête contre un caillou. Sur la route de Brazzaville-plage. C’est idiot. Ça a commencé comme ça. J’ai été la première à le dire.
Le mot.
Depuis, sa bouche de travers, sa joue flasque et son bras mort. Il mâchouille un foulard écossais pour ne pas que la salive coule dans son cou. Maigre, son cou.

Lisser, laisser longue la mèche pour cacher. Les cheveux devant mon visage. Rideau. Pour cacher. Ne plus me voir. Mon visage fondu. Courir, marcher. Pas d’arrêt sur  mon image.

On a dû ramener le caillou de Brazzaville. Surtaxe à l’aéroport. Surtaxe dans nos vies qui n’étaient plus. Les mêmes, non. Il voulait ramener le caillou, chercher la marque de sa tête. La marque de sa tête sur le caillou. Il a cherché.
Il promenait ses yeux dans des espaces invisibles. Ailleurs. Ses yeux comme une déconnexion. Juste un peu morts. C’est là qu’est né son air d’idiot.

Des veinures, des moussures, des siècles de vie sur le caillou. Il n’y aura jamais de moi sur lui. Mais toujours de lui sur moi. Il n’y aura plus de moi sur rien. Il ne faut plus. Rien que le caillou sur moi. Je suis un caillou.


Il ne m’a plus parlé. Il errait, air idiot. Air de n’être plus personne. Il ne voulait plus que je le regarde. J’étais aussi sa surtaxe. Encore une surtaxe. Il ne voulait plus payer mon regard sur lui. Mes yeux.
Je ne prendrai rien, s’il-vous-plaît. Merci.

Miroirs fermés. Paupières comme des voiles. Vers le nord. Sortir la boussole déréglée. Œil tribord ? Caché. Œil bâbord ? Baissé. On peut partir, c’est bien.


Et les gens. Ils ne savent pas. Le pouvoir. Leurs mots. Débile. Mental. Stupide. Où ? Confus. Fou. Attardé. Quand ? Décérébré. Simplet. Comment ? Il a l’air… idiot ? Il a entendu tous les mots. Le mot. L’a enfilé, comme un vêtement. Je l’ai vu faire.  Moi seule. Bientôt, je sais, l’habit fera le…

L’espoir dans la poche. Plus petit qu’un caillou. Visage. Rrrrrrrrrrrrrr. Nu. Plus jamais nu. Toujours quelque chose sur moi que je sais pas enlever. Marcher marcher marcher. Tourner. Et ma tête… caillou. Pieds cailloux. 


Il n’est pas encore mort mais ça ne devrait plus tarder. Je le vois à sa barbe éparpillée, nue comme un jour de dégel. Il disparait et le mot prend toute la place.
Il n’est pas encore mort mais peut-être… un jour c’est moi qui le tue.

Ouvert fermé. Tourner autour du caillou. Pierre qui tourne. Je me coupe en bouts. Gravier. Marcher marcher marcher.  Poussière. Traces.

Parfois je le vois, alors je le regarde et dedans moi, une pierre. Un caillou. Nous me manque. J’imagine qu’il y a des gens plus seuls que lui. Je ne les connais pas.

Marcher marcher marcher. Je suis minéral. Enfin.

Le mot est toujours plus fort que nous.

Texte publié dans la revue Dissonances # 19, pour le thème "Idiot"

dimanche 7 novembre 2010

Goutte à goutte

Souvent j’ai croisé
Des visages pleins
Et vides
Comme un œuf
Gobé
Par le petit trou
De leur conscience
Si petit.
Aspirés
Les visages ne gardent désormais plus
Que leur surface molle et flasque
Et le bruit lent
Du goutte à goutte
Dans la caverne
De leur âme en fuite.